Les lauréates de la bourse d’études Medavie 2018

12/03/2018

La bourse d’études Medavie honore Pierre-Yves Julien, ancien chef de la direction de Medavie, qui était convaincu que l’amélioration de la vie des personnes qui souffrent d’un trouble de santé chronique ne commence pas dans le bureau d’un médecin, mais plutôt dans nos maisons, nos centres communautaires, et sur nos terrains de jeux. En 2018, nous sommes heureux d’offrir une bourse d’études à trois personnes qui sont déterminées à améliorer la vie des autres.

 

Erika Campbell

L’enjeu de la santé mentale a influencé plusieurs des choix qu’Erika Campbell a faits au cours de sa vie, notamment son implication auprès de Jack.org, un réseau spécialisé en santé mentale dirigé par des étudiants. Toutefois, c’est après avoir vécu une expérience traumatisante qu’elle a véritablement réalisé les répercussions qu’ont les problèmes de santé mentale sur la vie d’une personne.

Pendant qu’elle étudiait à l’étranger lors de sa première année d’université, Erika a été victime d’une agression. Pour traverser cette période difficile, elle s’est isolée de ses propres émotions et s’est efforcée d’aller de l’avant. Au début de sa troisième année d’études à l’Université Queen’s, alors qu’elle croyait avoir pris le dessus, elle a développé des problèmes d’anxiété.

« Soudainement, les émotions que j’ai ressenties immédiatement après l’agression ont refait surface et j’étais sans cesse confrontée aux souvenirs de ce qui s’était produit, affirme Erika. Malheureusement, ma santé mentale et mes résultats scolaires en ont souffert. »

Erika est reconnaissante envers les conseillers de l’Université Queen’s qui l’ont aidée à améliorer sa capacité d’adaptation et à gérer son anxiété, tout comme du soutien que lui ont offert ses amis et Jack.org. Eric Windeler et Sandra Hanington de Toronto ont fondé Jack.org après le suicide de leur fils Jack. Leur organisme forme et outille les jeunes afin de transformer la perception que nous avons de la santé mentale grâce aux programmes Présentations Jack, Sections Jack et Sommets Jack.

« J’admire tout ce qu’Eric et Sandra ont accompli à la mémoire de leur fils Jack, et je ne peux m’imaginer de meilleur endroit pour poursuivre mes études que dans la ville où cet extraordinaire organisme a été fondé, déclare Erika. Je suis honorée d’avoir fait leur connaissance, de faire partie de cet organisme et d’avoir mis mon expérience personnelle à profit en devenant militante en santé mentale. »

Ce n’est qu’une fois mieux outillée pour gérer son anxiété qu’Erika a remarqué le manque de programmes de sensibilisation sur le consentement dirigés par des étudiants dans son école. Résolue à ce que les autres ne vivent pas les mêmes difficultés qu’elle, elle a fondé « Consensual Humans ». Cet organisme vise à promouvoir la notion de consentement auprès des étudiants en misant sur l’adoption de nouveaux comportements. Lorsqu’on lui demande quelles sont ses aspirations pour son groupe, elle répond : « J’espère qu’il aura une incidence durable et que sa portée pourra s’élargir à d’autres campus universitaires à l’échelle du Canada. »

Erika entame actuellement la dernière année de ses études en sciences à l’Université Queen’s et souhaite ensuite faire carrière dans le domaine de la santé mondiale et des politiques sanitaires, en se concentrant tout particulièrement sur la santé des femmes. L’obtention de cette bourse d’études signifie qu’elle aura plus de temps libre à consacrer à la collectivité et à son travail de sensibilisation.

« Je souhaite modifier la perception qu’ont les gens de la santé mentale et améliorer les moyens de sensibilisation, ajoute-t-elle. Grâce à des organismes comme Jack.org, je suis convaincue que des changements réels peuvent être apportés. »

 

 

Valerie Hemeon

Ma vie est l’océan.
Enfant, une pierre a été jetée dans mes eaux.

Depuis, les vagues déferlent.

Du plus loin qu’elle se souvienne, Valerie Hemeon a passé sa vie à éteindre des feux et à affronter des démons. Victime d’intimidation à l’école à un jeune âge, elle a hérité de responsabilités familiales importantes, notamment en raison du soutien qu’elle devait apporter à des proches souffrant de maladie mentale, en plus de vivre des relations difficiles, autant de facteurs qui ont entraîné des problèmes de santé mentale chez elle.

« En raison de mes problèmes d’anxiété et de dépression, j’ai dû terminer mes études secondaires en ligne; j’étais prête à tout pour éviter d’avoir à affronter les personnes qui m’intimidaient, se souvient Valerie. Heureusement, j’ai eu la chance de connaître Phoenix par l’entremise de mon conseiller en orientation à l’école secondaire. » Phoenix Youth Programs est un organisme établi à Halifax qui se consacre à soutenir les jeunes et leur famille.

Les rendez-vous de Valerie avec un thérapeute de Phoenix lui ont permis d’alléger ses souffrances, d’acquérir des mécanismes d’adaptation et de recevoir du soutien pour composer avec un diagnostic de trouble obsessionnel-compulsif. Plus encore, Phoenix l’a aidée à vivre pleinement. Résolue à exceller sur le plan scolaire, elle a obtenu son diplôme d’études secondaires avec mention et elle étudie actuellement en psychologie à l’Université Mount Saint Vincent.

« En plus de l’intimidation, des moqueries et des insultes, ce sont les expériences horribles que mes sœurs et moi avons vécues qui m’ont motivée à étudier en psychologie et à poursuivre une carrière de psychologue clinicienne, affirme Valerie. J’ai été la seule à soutenir mes sœurs lorsqu’elles étaient aux prises avec des troubles de santé mentale et, pendant longtemps, je n’avais le soutien de personne lorsque j’en avais besoin. »

Pour Valerie, la citation « sois la personne dont tu avais besoin lorsque tu étais enfant » prend tout son sens. Elle pense à ceux qui vivent actuellement des épreuves similaires à celles qu’elle a vécues et qui n’ont personne pour les soutenir. « Grâce à mon vécu, je comprends les épreuves auxquelles les autres font face. Je veux les aider et leur faire comprendre qu’ils ne sont pas seuls; il existe des gens qui souhaitent les soutenir. »

Valerie aimerait travailler en tant que psychologue clinicienne au Centre de santé IWK à Halifax afin d’aider le plus d’enfants possible en leur offrant les outils et le soutien dont ils ont besoin pour atteindre leur plein potentiel. Cette bourse d’études lui offre des moyens financiers qui l’aideront à poursuivre ses études et ainsi réaliser son rêve.

Les vagues ne m’engouffrent pas, elles me poussent plutôt là où je dois être.

 

Taylor MacKinley

 Taylor MacKinley n’avait que 13 ans lorsque son père s’est enlevé la vie. Depuis, sa vie n’est plus pareille. Bien que la douleur de perdre son père ne disparaîtra jamais complètement, son décès a provoqué chez Taylor le désir de devenir militante en santé mentale. Le soutien offert par sa famille lorsqu’elle avait du mal à gérer cet événement bouleversant a inspiré Taylor à vouloir améliorer la vie des autres.

« Personne ne se doutait de la souffrance que vivait mon père; je souhaite aider les gens qui vivent la même chose que lui, affirme Taylor. Elle ajoute que le suicide de son père a créé une onde de choc dans la petite collectivité de Miramichi, sa ville natale. Je me suis assise avec ma mère pour lui parler de mon idée de fonder un groupe de sensibilisation à mon école, James M. Hill Memorial, afin de conscientiser les étudiants au sujet des problèmes de santé mentale et de leur apprendre à reconnaître les signaux avertisseurs de suicide. » En plus du soutien de sa mère, Taylor a pu compter sur l’appui de ses camarades de classe lorsqu’elle leur a présenté son idée; certains d’entre eux souhaitaient également participer. « Le projet s’est mis en branle à partir de ce moment », ajoute-t-elle.

De cette idée, le groupe « JMH Let’s Talk » est né. Pendant sa dernière année d’études secondaires, Taylor et ses amis ont consacré des heures à réfléchir et à faire des recherches dans l’objectif de devenir des acteurs du changement. Un des premiers projets du groupe consistait à mettre à la disposition des étudiants une liste d’endroits et d’organismes auxquels ils peuvent téléphoner s’ils ont besoin d’obtenir de l’aide lorsqu’ils traversent une crise liée à des problèmes de santé mentale. « Les jeunes membres du groupe étaient fantastiques », se souvient Taylor. Elle est fière d’avoir laissé sa marque à son école secondaire, car le groupe demeure actif malgré son départ. Elle espère également implanter des groupes de soutien similaires dans d’autres écoles et à l’échelle communautaire.

Taylor étudie maintenant en psychologie à l’Université du Nouveau-Brunswick à Fredericton. Elle affirme que la bourse d’études Medavie lui permettra de se concentrer sur ses études cette année sans avoir à se soucier de ses finances. « Dans quelques années, j’espère travailler en tant que psychologue clinicienne à Miramichi, ajoute Taylor. Mon but est de m’engager à fond dans la collectivité et d’interagir avec tout le monde afin de favoriser la discussion et de mettre fin à la stigmatisation associée à la maladie mentale. »